Depuis que je suis tout petit, on ne cesse de me parler du bon Dieu. Avant même que je sois baptisé, c’était déjà bon Dieu par-ci et bon Dieu par-là.
Et moi qui, malgré mon très jeune âge, avais déjà l’esprit cartésien, j’hésitai de longues années avant d’oser formuler la question qui me brûlait les lèvres. Un jour, enfin, je demandai, ¾ fort ingénument, dois-je dire :
– Pourquoi me parle-t-on sans arrêt du bon Dieu? Cela suppose qu’il y en a aussi un mauvais. Or de ce dernier nul ne me parle jamais.
– Non, me fut-il doctement répondu. Il n’y en a pas de mauvais.
L’expérience m’apprit plus tard qu’il n’y en avait pas de bon non plus.
À l’instant même où je pris conscience de l’odieux mensonge dont j’avais été victime, je rayai le nom de Dieu de mon vocabulaire et le remplaçai par « chose ». Cela ne changea pas le cours de ma vie mais me laissa le texte suivant :
Chose reconnaîtra les siens
À cette époque, Chose m’est témoin que je n’avais pas la tête aux bonchoseries. Grâce à Chose, je vivais mon premier amour et n’avais chose que pour elle. Sans vouloir paraître ochose, je ne croyais ni à Chose ni à diable et, mon Chose! ne m’en portais pas plus mal. Jusqu’à ce qu’elle me le reproche et que ¾ ce que femme veut, Chose le veut ¾, je me mette à réciter des « je crois en Chose » et des « mon Chose bénissez-nous »… Sacré bon Chose! ma conversion jeta un émoi du tonnerre de Chose auprès de mes amis. Ils insistèrent pour que j’aille jusqu’au bout. Et moi, vox populi, vox Chosi, je me fis moine pour l’amour de Chose et ma petite amie en fut pour ses frais. Chose soit loué!













Bulletins (RSS)