C’est pas bon si c’est pas cher
Qui d’entre nous n’a eu cette réaction, un jour qu’on lui « offrait » quelque chose à prix d’aubaine? Mais le problème n’est pas que le prix soit bas.
Le problème est qu’il y ait un prix.
Tout a un prix, même les humains. Que dis-je ? SURTOUT LES HUMAINS ! Cela commence dès l’école. Nos enfants se font évaluer, nous dit-on pudiquement. Pour notre information, précise-t-on.
Voulez-vous que je vous dise ce qu’on leur fait, à nos enfants ? On leur colle un prix.
Votre enfant vaut 65.
Le maximum est 100.
Les parents jouent le jeu. Ils contribuent à mettre à prix la tête de leurs rejetons. Si tu as 70 au prochain bulletin, tu auras ton jeu vidéo.
Arrêtez ! Nos jeunes valent quand même mieux que cela ! On met un prix sur une livre de steak, pas sur un enfant !
On pousse même plus loin la malhonnêteté : on publie sur le bulletin la moyenne générale du groupe. Ainsi les parents peuvent jouer leur rôle dans ce formidable passage au moule qu’est l’école. On les invite à comparer leur enfant à ceux des autres.
Instruire un enfant, ce n’est pas le comparer aux autres, mais l’amener à se comparer à lui-même.
De zéro à cent, il y a cent une notes possibles. Que de nuances inutiles pour exprimer l’aptitude ou l’inaptitude d’un élève ! S’il faut vraiment qu’il y ait des notes, il ne devrait y en avoir que deux : un et zéro. Réussi ou manqué.
Pas assez nuancé, me direz-vous ? Et de savoir que mon fiston a performé en dessous de la moyenne, c’est nuancé ? Quelle que soit l’évaluation utilisée, elle demande explication. Alors pourquoi ne pas se limiter à l’explication ? Dialoguer au lieu de coller une étiquette ? Trop ardu ? On n’a pas le temps ? Ah! Bien sûr, si on n’a pas le temps d’exposer aux parents ce qu’on pense de leur enfant, il y a un manque ! Qui n’a pas le temps de s’asseoir et d’en discuter ? Les profs ? Les parents ? les uns et les autres ? C’est à voir.
Les parents, bien sûr, sont invités à rencontrer les profs de temps à autre. Ils ont le bulletin en mains. Ils sont invités à venir chercher la confirmation de ce qui se trouve sur le papier. Quelle maladresse ! N’envoyez pas de bulletin ! Créez un effet de surprise. Invitez des parents qui ne savent rien des performances de leur enfant ! Ne recevez pas les parents avec des chiffres, mais avec des commentaires. Vous verrez s’ils ne s’intéresseront pas davantage à l’école !
Et puis, au moins, quand ils entreront dans une épicerie, ils ne seront plus honteux de constater qu’on évalue leurs enfants et les légumes de la même manière…













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